Mauvais genre : quête de liberté

81F+95TC-5LChronique :

Paul Grappe et Louise Landy se rencontrent, s’aiment et se marient. Mais on est en 1914, Paul est mobilisé et part au front. La guerre, les tranchées, la mort, la boue. A perte de vue. Jusqu’à la mission de trop, le mort de trop. Il ne manque pas de courage, Paul, mais il déserte.

Il rejoint sa femme à Paris, dans le petit meublé qu’elle loue. Elle l’accueille sans jugements, sans doute trop heureuse de ne pas connaître le sort de tant de veuves de guerre, de retrouver son homme, ses étreintes.

Mais pour échapper aux instances militaires, Paul vit cloîtrer en permanence dans l’appartement, attendant chaque soir le retour de Louise. Et il boit, il boit pour chasser l’ennui, pour repousser la guerre.

Jusqu’au jour où il se travestit. Il retrouve enfin sa liberté. Il apprend, avec Louise, le difficile métier de femme. Désormais, il s’appelle Suzanne. Il se fait embaucher dans l’usine de lingerie où sa femme travaille, il tape même dans l’œil du contremaître. Le voilà enfin libre de reprendre, sous son déguisement, une vie sociale normale.

Mais avec Louise, les tensions apparaissent. Jalousie ? le couple se déchire malgré la tendresse. Suzanne sort sans elle, découvre, dans le Paris des années 20, le bois de Boulogne. Au début, elle a peur de ces « pervers » qui peuplent cet univers nocturne, puis excitée par ce monde nouveau, elle s’y plonge. Suzy en devient la reine, jouit pleinement de cette nouvelle et inattendue liberté sexuelle.

Depuis longtemps, la guerre est finie. Les déserteurs sont amnistiés. Et voilà que Suzanne est sommée de redevenir Paul. Paul qui doit reprendre sa place d’homme, que Louise attend plus que tout, qui désire le voir retrouver un travail convenable, subvenir aux besoins du foyer, de sa famille.  Ce Paul, hanté par la guerre, Paul, prisonnier des tranchées, qui regrette Suzanne, qui n’est plus tout à fait lui sans elle et son monde interlope.

Et le couple accumule disputes et vaines engueulades avinées, jusqu’au drame inévitable et inattendu.

Finale :

Basée sur des faits réels et inspirée par l’essai La garçonne et l’assassin de Fabrice Virgili et Danièle Voldman, Mauvais Genre nous parle, à travers le personnage ambigu de Paul, de l’horreur de la guerre, de ses traumatismes insurmontables et des tentatives désespérées d’être un autre pour pouvoir enfin être libre, mais surtout libéré.

La relation entre Paul et Louise est dépeinte sans fards. Elle est parfois crue, parfois violente. Mais derrière la colère, un fond de tendresse reste, mâtinée de pitié et de haine.

Les graphismes de Chloé Cruchaudet sont magnifiques. Ses planches qui traitent du conflit rendent parfaitement la peur et la folie qui s’emparent du personnage. Les traits sont éminemment expressifs. En noir et blanc, la seule couleur qui y apparaît est le rouge, rouge sang, rouge passion qui vient dynamiser l’image.

Chloé Cruchaudet, Mauvais Genre, Delcourt, 2013, 160 p.

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