Rétrospective 2018 : une année de lecture

Nous sommes le 31 décembre, c’est le moment parfait pour établir sans prise de tête un petit bilan des lectures de cette année riche en littérature, puisque c’est 129 livres qui sont passés entre mes mains au fil de ces douze mois. 129, c’est un chiffre énorme et en même temps un peu décevant pour tous ceux qui aiment les nombres ronds. Et parmi cette « masse », quelles sont les œuvres qui vont me rester à coup sûr en tête ? quelles sont celles que je vais tout faire pour oublier ? Les auteurs que j’ai découvert avec beaucoup d’enthousiasme et ceux qui m’ont laissé un goût amer en bouche ?

Ne tardons plus en essayant vainement d’installer un vague suspens.

Les coups de cœur de 2018

(et un de 2017, parce que j’avais prévu d’en faire une critique et qu’elle n’a jamais vu le jour au final) :

 

Trois de ces livres ont déjà fait l’objet d’une critique, vous savez où aller si vous voulez en savoir plus. Pour Les Riches heures de Jacominus Gainsborough, la critique de ce très bel album jeunesse devrait venir dans les prochains jours (le suspens est insoutenable).

Le coup de cœur de 2017 est, vous l’aurez compris par élimination, Légende d’un dormeur éveillé de Gaëlle Nohant. Une biographie romancée de Robert Desnos (qui est mon poète favori, toute période confondue), des années 20 à sa mort, en 1945. Un roman qui nous transporte dans les années folles du Paris de l’entre-deux-guerres, une reconstitution minutieuse de son milieu culturel et artistique, une plongée dans le mouvement surréaliste, et surtout, surtout, une figure inoubliable : celle de Robert Desnos, un homme-poète autodidacte et engagé, épris de liberté, formidablement vivant. Une biographie exigeante, mais qui plaira à tous ceux qui accepteront de voyager à l’aveugle et de se laisser guider par notre dormeur éveillé et sa bonne étoile.

Les très bonnes lectures :

 

La mosaïque est peut-être un peu petite pour être lisible, alors, de gauche à droite, de haut en bas :

  • L’Affaire Collini, une vraie surprise pour ce récit qui m’a cueillie comme une fleur.
  • Le Palais de glace, un roman poétique qui laisse son lecteur en comprendre son sens.
  • Les aventures extravagantes de Jean Jambecreuse, roman truculent et grivois qui évoque sans le dire la figure du peintre Hans Holbein.
  • Ma dévotion, une longue confession sur un amour contrarié et destructeur.
  • À ce point de folie, roman historique qui évoque la catastrophe du bateau de la Méduse.
  • La Serpe, un roman-enquête sur l’affaire Henri Girard, que l’on connaît mieux sous le pseudonyme de Georges Arnaud.
  • Le Maître et Marguerite, réécriture du mythe de Faust, un classique de la littérature russe qu’il était plus que temps que je découvre.
  • La Maison de Bernarda Alba, la dernière pièce de Garcia Lorca avant d’être assassiné par les franquistes. Une pièce féministe, qui dénonce la place des femmes dans la société rurale espagnole.
  • Jézabel, évocation terrible d’une femme qui n’accepte pas le passage du temps.
  • Le Roi se meurt, une redécouverte enthousiaste de cette pièce de Ionesco, dont je n’avais gardé qu’un souvenir très vague.
  • Noli me tangere, encore une fois, une vraie surprise pour ce roman que j’avais choisi un peu par hasard.
  • Soie, un roman au schéma narratif d’une simplicité remarquable, délicat et poétique. Et un passage qui pourrait donner des leçons d’érotisme à plus d’un romancier.
  • Dans le miroir du Caravage, évocation de la période romaine du maître du clair-obscur.

Les quatre derniers romans de la mosaïque n’ont pas fait l’objet d’une critique, mais si l’un d’entre eux vous intriguent, n’hésitez surtout pas à me demander une chronique dans l’espace des commentaires :

  • La part des flammes, un roman historique féministe, qui dénonce la place des femmes dans la société patriarcale de la fin du XIXe siècle.
  • Couleurs de l’incendie, où l’on va suivre la terrible vengeance de Madeleine de Péricourt dans la période savonneuse de l’entre-deux guerres.
  • La trilogie de La Guerre des trois Henri, qui couvre les dernières années du règne d’Henri III.
  • L’Affaire Mayerling, un roman inclassable qui se construit autour d’un immeuble maudit, satire de l’urbanisme, de la déconstruction du tissu social, et thriller convoquant Stephen King.

Ces auteurs oubliés :

 

Maurice Level, avec La Malle sanglante, une figure reconnue du genre du Grand guignol, qui passa plus facilement à la postérité outre-Atlantique que sur notre territoire.

André Couvreur, pionnier du scientifique merveilleux, qui propose avec L’Androgyne un roman qui oscille entre anticipation et vaudeville. Le pitch : « Le professeur Tornada métamorphose un peintre parisien, Georges Sigerier, en femme. Prisonnier de ce nouveau corps qu’il apprend à découvrir, il renoue des liens avec Rolande, son ancienne maîtresse. Il se confronte à l’impossibilité de lui révéler son opération, mais en profite pour approfondir la vérité de ses sentiments. »

Quelques déceptions :

 

  • Le fils du héros, le livre est appréciable pour le morceau d’histoire cubaine qu’il offre. Le récit est celui d’Ernesto, un homme coincé dans le passé, fils d’un « héros » mort à la guerre, et qui ne peut penser les événements de sa vie que par rapport aux péripéties de l’Histoire. Mais le tout est terriblement lent.
  • Athalie, pièce biblique profondément ennuyeuse, tant sur le fond que dans la forme, commandée par une Mme de Maintenon soucieuse de l’éducation religieuse des filles de Saint Cyr. Thématique de l’absence-présence de Dieu et de l’avènement de la « Nouvelle Jérusalem » barbantes. Toutefois, il s’agit tout de même de Jean Racine, ce qui sauve ce livre de la toute dernière catégorie de ce bilan.
  • Charlotte, j’ai aimé découvrir cette artiste qui m’était inconnue. Mais je trouve que la plume de l’auteur ne rend ni son génie créatif, ni sa désespérance face au monde. Le style est plat et sans saveur, pas désagréable, mais bien trop commun pour exprimer toute l’originalité et la puissance de l’œuvre de Charlotte Salomon.

Ces livres que je n’aurais jamais dû lire :

 

  • Le Livre sans nom, un gros délire gloubi-boulga indigeste et qui me reste encore sur l’estomac.
  • Apostasie, premier roman fantasy que je lis depuis plusieurs années, conte creux au macabre artificiel, et un héros mollasson et transparent.
  • La Terre des morts, mon dieu, une gabegie ce roman ! Une longue descente dans l’enfer de l’ennui et du n’importe quoi. Véhicule en plus une image déplorable de la femme. Le cimetière du vraisemblable et de la cohérence.
  • Le manuscrit inachevé, l’art de la finesse n’appartient pas au thriller.
  • Aveu de faiblesse, un roman qui reprend la trame de l’affaire Patrick Dils, mais qui manque de réalisme en tombant dans les clichés misérabilistes. Et une fin prévisible au possible.
  • L’Ultime secret du Christ, un roman répétitif, répétitif, répétitif ! Et d’une longueur ! Et d’une prévisibilité !
  • Le malheur du bas, le seul point positif de ce livre, c’est que je ne l’ai pas acheté.
  • Midi, pour ceux qui se demandent si le travail du correcteur est vraiment nécessaire, ce roman en est la preuve. Sur le fond, c’est aussi profond qu’une flaque, aussi crispant que le bruit des ongles frottant sur un tableau noir, aussi réaliste qu’un film Disney.

Finale :

Voici pour ce petit bilan, et pardon pour tous ces livres qui ne pourront pas être abordés (j’ai l’impression déjà que cette rétrospective est beaucoup trop longue). Une année où le roman moderne et contemporain est roi ! Avec quelques regrets cependant, puisque le genre de l’essai est tout à fait mis de côté, tout comme la littérature dite classique (à l’exception de Racine et Corneille), contrairement à d’autres années. La poésie est aussi assez absente. On essayera de faire mieux l’année prochaine 🙂

J’espère que votre année vous a aussi apporté son lot de lectures enrichissantes et divertissantes.

Je vous adresse mes meilleurs vœux pour l’année à venir.

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